dimanche 18 février 2018

Razzia

     Je n'ai même pas essayé de me limiter. Quand je passe le seuil, je sais que la quête n'aura d'autre limite que le temps imparti et la taille de mon sac.
     J'ai déambulé dans les rayons et pris absolument tout ce qui me tentait. Tout. Sans même me demander si c'était raisonnable, si c'était le bon moment. J'ai rempli mon sac à l'instinct, sans limite, sans complexe. Tiens ! intéressant ça ! je n'y avais jamais songé ! allez hop. Dans le sac.
     Au bout d'un moment, le sac a pesé et j'ai fait une pause pour compter. Oh oh. Plus beaucoup de marge. Il était temps de penser aux enfants.
     Je suis donc passée dans leur grand rayon dédié, ai sélectionné ce qui me semblait pouvoir leur plaire.
     J'avais atteint les limites. Celles du sac et celles de ce que mes bras pouvaient porter. Je suis allé enregistrer les nombreux fruits de ma quête à la borne automatique.
       Coût : 20 euros. Pour un an.
       Et quinze documents.
      J'aime, j'adore, j'adule les bibliothèques. On y trouve de tout. Ce qu'on voulait, ce qu'on ignorait, ce qu'on pensait ne pas pouvoir, ne pas vouloir. Tout est disponible, autorisé.
      Un livre sur la relecture, un roman de filles, une méthode pour apprendre le russe en trois semaines, un magazine photo pour l'homme, un livre de dinosaures pour le grand.
     Et j'en passe !
     Je n'ai aucune velléité de frugalité à la bibliothèque. C'est l'abondance à portée de carte.

dimanche 11 février 2018

Repli


      Chez nous, il ne neige jamais.
     Mais jamais.
     Quelques flocons dans l'air une fois par an, et encore, pas toujours. Un peu de blanc dans les chemins, à la limite. De la vraie neige, non. Jamais. La dernière fois, j'ai fait un igloo avec une amie, on s'était bien amusées. C'était il y a douze ans. Je le sais : il y avait les Jeux Olympiques d'hiver. Et vu le lieu où nous vivions, ça nous ramène bien à douze ans.
     Autant dire que la semaine écoulée a eu de quoi surprendre. Du bon et du moins bon. Le bon : l'école d'un de mes fils n'était pas accessible, ça m'a évité les noeuds au cerveau pour savoir si je-devais-aller-au-travail-la-peur-au-ventre-sur-route-gelée ou pas. Un enfant à la maison : je reste. Point. Le moins bon : les collègues un peu contraints de venir, le mot d'ordre de fermer l'établissement étant resté du cas par cas, et coincés sous la neige…pas terrible.
     Elle a fondu. La vie est redevenue plus simple. Mais quand même c'était beau. Le silence particulier du paysage enneigé. Le petit crépitement des flocons quand ils tombent. 
     Le goudron est de retour. Du blanc au noir.

jeudi 8 février 2018

Incertitude

     Je n'ai rien contre la neige. Je regrette même de la traiter avec une certaine ingratitude : on t'annonce qu'un phénomène exceptionnel par chez nous va se produire, il transforme toutes les laideurs ordinaires en sublimes compositions blanches et on se plaint à cause de la route ! Si la neige pouvait tomber exclusivement sur le bas-côté, tout irait bien.

     Cette année je suis "sauvée" par les enfants. Pas de car mardi. Le second est dans une école à sept kilomètres. La neige couvrait le sol. Hors de question que je le balade en voiture dans ces conditions. La question du "je pars au travail ou pas" était donc résolue par sa présence à la maison.

     La question se posait à nouveau pour ce matin : un gros gel, a priori, mais la neige a fondu sur ma route, du moins.
     Verdict tombé hier soir : pas d'école pour les enfants. Elles sont fermées, tout simplement. Mon homme travaille à cinq minutes et verra s'il peut rouler ou non. Moi, rien de possible avant qu'il rentre à midi : si ça a fondu, là oui, je pourrai partir.

      Autant dire que tout cela est joyeusement confus.
     Il neige encore demain, on n'en est pas sorti. Heureusement c'est un jour où je ne travaille pas. Je vais donc rester là et les enfants avec, je pense. Mon rendez-vous chez le dentiste à annuler probablement.

     Tout ceci n'est pas bien grave. Seulement, ce sentiment de doute, d'hésitation, "j'y vais ? non?" est usant. Je ne le supporte pas. Heureusement que l'école des enfants a tranché pour moi !

dimanche 4 février 2018

Poubelle

     Nous avons pris la décision il y a trois semaines.
     Notre poubelle allait être changée.
     En cause, la vieille-toute-abîmée qui séjourne à la porte, côté jardin, pour récolter ce qui est destiné au compost. Le vent a arraché son couvercle : pas pratique. Bon. On aurait survécu, n'est-ce pas. Mais moins pratique. Nous nous sommes dit qu'acheter une poubelle neuve pour la laisser dehors, dommage. Autant changer celle de la cuisine, bonne qualité, qu'on a depuis dix ou douze ans, par le même effet redonner un coup de peps visuel à la cuisine et récupérer cette poubelle plus grande, fiable, pour le compost.
     J'ai écumé les boutiques vers chez nous. Nous vivons dans une petite ville (15 000 habitants, environ) et les fournisseurs de poubelle sont peu nombreux. Je n'ai pas trouvé ce que je voulais. Une Brabantia parce que la précédente en est une, très simple, très fiable, garantie dix ans. Une couleur crème pour égayer la cuisine. Voilà qui coûte un bras mais, étrangement, je n'ai pas de problème avec ça. Payer 112e une poubelle est en soi stupide. Payer 112e pour un objet volumineux, qu'on voit tous les jours, qu'on actionne plusieurs fois par jour, mais faire en sorte qu'il nous plaise toujours autant et n'aie jamais besoin d'être changé d'ici quinze ans, me semble finalement une affaire rentable. Ne jamais lésiner sur la qualité si tu es sûr du résultat, c'est mon credo. Après, on enterre le dossier poubelle pour l'éternité. Je ne pense pas avoir de pulsions de poubelles tous les deux ans, très sincèrement…
     Et puis, commande sur Amazon. Pas mon idéal marchand, pas trouvé autrement, à part faire 100 bornes en voiture, et encore. Retard du colis. Long retard du colis.
     Il a fini par arriver hier. 
     Pour mon anniversaire.

     Univers, tu m'as envoyé une poubelle pour mon anniversaire.
     Le message, tu m'expliques ? 

     Il va falloir faire le tri. Prendre le temps d'en jeter. Eliminer l'inutile, l'encombrant.
     D'accord. Je note.

    En attendant j'ai pu aller à Paris vendredi, j'ai pu retourner à Orsay et je confirme : visiter, ce n'est pas inutile, encombrant. Quelle merveille que l'art. Cross, Morisot, Van Gogh. Monet. 

     Des merveilles à moins d'une heure de la maison.

     Quelle chance.

mardi 30 janvier 2018

Alerte

     Dimanche soir, pas moyen de m'endormir.
     J'étais inquiète. 
     Mon grand ne se plaint jamais d'être malade. Quand il se plaint, on a tendance à multiplier les symptômes par deux pour évaluer son état réel (pour le petit, si on l'écoute, on voit qu'il faut diviser par douze ce qu'il nous raconte au contraire…).
     Dimanche, il n'était pas bien. Des frissons, une grande fatigue. Rien de grave, mais quand même. Très inhabituel chez lui. Le soir, couché, il s'est mis à gémir dans son sommeil. Trop chaud, pas bien.
     Je me suis dit : ça y est. La grippe a débarqué. Pas moyen. Reste à attendre la fièvre. Et si les petits frères l'avaient aussi ensuite, comment les protéger ? Et comment faire demain pour le travail ? Et si on l'attrape, nous ?
     Et l'esprit bouillonnait. Les vieilles angoisses, les questions. Ces petites choses qui remettent tout à plat : tu sais à quoi ta semaine va ressembler, tu introduis le facteur "virus" et il faut rebattre toutes les cartes. Sans parler de mon angoisse viscérale : et si jamais je me sens trop mal, comment m'occuper des enfants ? Surtout mon bébé qui a un an et quelques et à qui je ne peux pas dire : pour cette fois, va prendre tout seul un goûter dans le placard, je reste allongée.
     Hier matin, crevée par mon début d'insomnie, j'ai attendu leur réveil avec fatalisme et résignation.
     Mon grand allait bien. 
     Incroyable.
     Il allait bien ! 
     Tout s'est passé normalement. Je les ai déposés à la garderie et suis partie au travail. Là-bas, l'exultation d'être là, comme prévu, et non pas à m'inquiéter auprès d'un enfant fiévreux. Je me suis dit que c'était une astuce du sort. Une façon de me forcer à trouver GENIAL d'avoir pu aller travailler.
     Quelle chance ! tout était normal !

(bon après, cette nuit, j'ai rêvé qu'un tigre vivait chez moi et qu'il fallait s'en débarrasser, je ne sais pas si mon esprit s'est bien remis de l'épisode…)

mardi 23 janvier 2018

Amis

     Il est parfois bon de se séparer de ses amis.
     J'avais depuis longtemps ce coffret de Friends, acheté à une période où j'avais dû me dire : comme ça tu les verras tous / tu les regarderas en anglais / tu… Je n'ai jamais regardé ce coffret, ou si peu. Au fond ou bien il a vieilli ou bien c'est moi. La série est sympathique mais j'ai découvert que je ne supportais pas un détail : les rires enregistrés. Tout le temps. Docilement. On te commande à quel moment tu dois trouver ça drôle. Insupportable.
     J'ai déposé hier le coffret dans la boîte de troc du travail. J'avais déjà enquêté : sur Momox, on me le reprenait pour 52 centimes d'euros. Autant faire plaisir à quelqu'un. Quand je suis repassée devant la boîte, le coffret avait disparu. Tant mieux. Un poids en moins pour moi, de bons moments pour quelqu'un d'autre. Il faut savoir renoncer plutôt que s'encombrer de ses erreurs de jugement !

vendredi 19 janvier 2018

Stuff

     Des choses. Encore, encore, encore des choses. 
     Sous la bibliothèque du bureau, des objets de toute sorte échoués depuis des semaines, voire des mois. Feuilles et dossiers, boîte à couture, emballages, cartons que j'hésite à jeter au cas où ils serviraient.
     "Le poids, c'est de la peur", dit Jean-Christophe Rufin. Il a totalement raison. Il a beau parler du sac à dos du pèlerin de Compostelle, je me reconnais dans cette définition. L'accumulation, l'hésitation à se séparer, c'est de la peur.
     Donc, j'ai tout ce bazar à trier un jour. Lequel ? Plusieurs jours, plutôt. Mais cela demande du temps et du courage. La fatigue décisionnelle de trier miette à miette. 
     Pour avancer j'ai décidé de surveiller les entrées, pour commencer. Je m'efforce de jeter tout de suite cette enveloppe vide, de séparer tout de suite l'emballage qui peut brûler de celui qui part à la poubelle. Arrêter l'hémorragie, à défaut de soigner la plaie. 
     
     Hier une collègue que j'apprécie beaucoup me montrait quelques photos de sa maison. C'était sobre, pur, rangé. Certes je n'ai vu que quelques images. Mais tout était ordonné, coordonné. Chez moi on est plus proche de l'explosion nucléaire. Bon, j'aime bien quand même mon petit foisonnement. Cela me va comme ça, aussi. Je ne me reconnaîtrais pas dans l'épure totale, probable. Cela dit je n'ai jamais essayé. Nos draps tout blancs ont aéré la chambre et j'apprécie toujours autant. Qui dit que ce ne serait pas pareil pour le reste ? Marie Kondo a raison. Les étiquettes sont bavardes et oppressantes, et j'entends le cri des objets trop tassés au fond des tiroirs.
     Mais comment faire pour ne plus avoir envie de rien ? ou pour se raisonner dans nos envies ? Vous y arrivez vous ? Moi pas. J'ai commandé plusieurs cahiers Moleskine. Je les utiliserai, oui. Malgré tout j'aurais pu me contenter d'un, m'en passer...